vocabulaire

Duplication

Ranunculus bulbosus Ce vocable d’une élégance discutable rassemble plusieurs définitions. Ce n’est pas le sens plus ou moins mathématique qui nous intéresse ici ; par contre, le sens biologique du Petit Robert pourrait se rapprocher du sujet de ce blog (duplication chromosomique). Mais c’est finalement l’approche horticole, moins connue (et ignorée du Petit Robert), que je souhaite aborder.

Selon les dictionnaires, on peut trouver également la variante « duplicature ». Procédons par exemple : tout le monde connaît l’églantine et ces cinq élégants pétales, qui n’est rien d’autre qu’une rose sauvage. Pourtant quelle différence d'aspect avec nos roses horticoles aux fleurs comptant d'innombrables pétales ? Nous restons pourtant dans le même genre (Rosa) ! Nous avons à faire à un exemple typique du phénomène de duplication. Penchons nous plus près et observons mieux cette rose de jardin. Certains de ces pétales surnuméraires semblent déformés et présentent une demi-anthère plus ou moins complète. En fait, ces pétales sont une transformation des étamines, très nombreuses chez les roses. On parle alors de fleurs doubles ou pleines.

C'est un phénomène très commun chez les plantes horticoles, que les sélectionneurs ont largement favorisé et propagé. Ainsi les exemples de duplication sont légion dans nos jardins : camélia, fuchsia, anémone... Chez les Rosacées, citons le très célèbre corète du japon, Kerria japonica, très commun dans les vieux jardins cévenols, qui n'est quasiment connu que sous sa forme double ('Pleiniflora'), la forme sauvage à fleurs simples n'étant qu'exceptionnellement cultivée. Il existe aussi de nombreux cultivars dit à fleurs doubles chez les Astéracées (des zinnias ou certains tournesols par exemple). Mais chez les Astéracées, ce ne sont pas les étamines qui sont transformées en pétales, mais les fleurons ligulés (1) qui sont non seulement présents en périphérie du capitule, mais également en son centre. Ces formes horticoles sont généralement (à l'exception des espèces annuelles) reproduites par clonage (bouturage, greffage...).

Dans le milieu naturel, ces mutations quand elles se produisent ne se maintiennent généralement pas d'une génération à l'autre. Le phénomène est donc assez rare et fugace. Il est toutefois possible de l'observer ponctuellement, comme ce fut le cas pour cette renoncule bulbeuse (Ranunculus bulbosus) croisée ce printemps dans nos Cévennes. Originale non ?

 

(1) : Rappelons que dans la famille des Astéracées (anciennement Composées), ce qui est généralement considéré comme la fleur est en fait une inflorescence comprenant de très nombreuses petites fleurs (les fleurons) disposées sur un réceptacle, le tout formant le capitule. Pour situer les fleurons ligulés, imaginez une marguerite : il s'agira de ses "pétales" blancs.

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